La Libre Belgique
10 novembre 2004

Terrorisme
“Nul doute” sur la menace nucléaire

Javier Rupérez est persuadé qu’un attentat de grande ampleur -
nucléaire, chimique ou biologique - est possible.

-L’interview du « Monsieur Terrorisme » de l’Onu

Le directeur exécutif du Comité contre le terrorisme des Nations unies, l’Espagnol Javier Rupérez, n’a « aucun doute » sur le risque d’un attentat nucléaire, biologique ou chimique comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni l’évoquent régulièrement.

Il était interrogé lundi soir par « La Libre Belgique » à Bruxelles, où il a rencontré des responsables de l’OTAN et de l’Union européenne (UE).

Javier Rupérez, ancien député et ancien ambassadeur espagnol à Washington, préside depuis mai ce comité créé après les attentats du 11 septembre. Ce groupe basé à New York supervise la coordination internationale dans la lutte contre le terrorisme et les fameuses listes noires du terrorisme.

« Nous savons très bien ce que les terroristes ont fait et ce qu’ils sont prêts à faire », a-t-il dit. « On reçoit tout le temps des informations sur leurs intentions de faire du terrorisme nucléaire, biologique et chimique. » « Cela ne veut pas dire nécessairement que cela va se produire car, dans la lutte contre le terrorisme, on ne sait jamais si l’on a une victoire », a-t-il ajouté.

« Mais je n’ai aucun doute sur la volonté des terroristes de nous frapper avec des moyens absolument épouvantables. »
Malgré cette menace, Javier Rupérez souligne que la communauté internationale a bien réagi aux attentats de New York, Washington et de Pennsylvanie. En 2001, le Conseil de sécurité a lancé à l’unanimité une « doctrine extrêmement corsée contre le terrorisme » qui ne cesse d’être étoffée. Toutes les résolutions ont été placées sous l’autorité du chapitre 7 de la charte des Nations unies.

Le 8 octobre dernier, après le drame de Beslan, a été ajoutée la résolution 1566, qui contient les premiers éléments d’une définition du terrorisme, un obstacle contre lequel les experts ont buté pendant des décennies. Cette résolution a été présentée par la Russie. Elle a été parrainée par l’Allemagne, la Chine, l’Espagne, les Etats-Unis, la France, la Roumanie et le Royaume-Uni.

Les deux pays musulmans du Conseil – l’Algérie et le Pakistan – ont durement négocié la résolution, craignant que les mouvements de libération nationale soient assimilés au terrorisme. Mais au bout du compte, la définition retenue condamne l’usage de la terreur contre les civils quelles que soient les motivations, politiques, raciales ou religieuses, de leurs auteurs.


« JE CONNAIS LE VISAGE DE LA BETE ET JE SAIS CE QU’IL FAUT FAIRE AVEC ELLE »

« Le terrorisme est défini par la méthode, pas par l’idéologie ou le but », poursuit le directeur du Comité contre le terrorisme, lui-même otage durant un mois du mouvement séparatiste basque ETA alors qu’il était député espagnol pendant les années 70. « J’ai eu de la chance », dit-il. « La plupart des gens qui ont été enlevés par l’ETA ne sont pas vivants. Et parmi ceux qui sont revenus, beaucoup ont perdu la tête. Moi je suis bien. Je ne suis pas poussé par la vengeance mais je n’ai pas besoin qu’on m’explique ce qu’est le terrorisme. Je connais le visage de la bête et sais ce qu’il faut faire avec elle. »

Trois ans après la création de ce comité, l’ancien député espagnol estime qu’il y a au moins trois priorités à poursuivre : continuer à rapprocher les législations nationales, améliorer la communication entre les services de renseignement et les forces de l’ordre et augmenter la lutte contre les sources de financement du terrorisme.

« Il faut rappeler aux Etats de combler les trous qui existent dans le financement du terrorisme », dit Javier Rupérez. « Par exemple, les paradis fiscaux qui jouent parfois un rôle économique important pour certains pays mais en même temps sont le refuge du crime organisé. »

Le diplomate espagnol suggère aussi que le Conseil de sécurité adopte des procédures légales pour permettre à des suspects lavés de tout soupçon de sortir des listes de terroristes établies par les Nations unies. « On a un problème à ce propos. On doit pouvoir donner aux gens qui sont inclus dans ces listes une façon de se défendre », réagit Javier Rupérez, qui n’a pas eu connaissance du cas de ce couple belge de Putte qui se trouve sur la liste pour avoir créé en Belgique la filiale européenne de la Global Relief Foundation.

Ni la justice américaine ni le juge d’instruction belge n’ont, à ce jour, apporté d’éléments concrets à charge de cette association, dont le fondateur a été expulsé des Etats-Unis.


Christophe Lamfalussy


Droits d’auteur à La Libre Belgique, et à l’auteur

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